Luc Akicia / Interview

L'interview intégrale est initialement parue sur le site Fulgures.com.
La dame qui pose les questions est Caroline Dunski.


Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Le monde extérieur ! Les gens dans la rue, les conversations, les faits-divers, les pages des sports, mes deux fils, la femme de ma vie, les lieux où je vais, les lieux où je voudrais aller, ces mêmes endroits la nuit, mes amis, les mass-media, l’histoire avec un grand H, les cartes du monde, les publicités pour les voitures, les discours politiques, les mouvements sociaux, les stratégies de com… j’en passe.
A mon avis, la première qualité d’un romancier est de savoir garder les yeux ouverts.

En termes d’inspiration littéraire, c’est plus limité. J’ai mes chouchous, évidemment, mais je ne suis pas, à proprement parler « inspiré » par d’autres auteurs. C’est certainement dû au fait que je lis très peu de romans : je n’arrive pas à adopter la position de lecteur, en m’attachant trop à la formulation, à la structure, je vois des défauts partout, et je décroche vite.

Mes dernières lectures ne sont donc pas de type romanesque (le terme est néanmoins discutable) : Sun Tzu, les Entretiens de Confucius, et « Le Moine » de Lewis et Artaud, pour la troisième fois. Ce bouquin est l’exact contre-exemple de ce que je viens de dire : au bout de trois lignes, je fais totalement abstraction de « comment c’est écrit », pour enfin lire.


En réponse au commentaire d’un de tes textes, tu affirmais « Je n'aime pas les styles trop définis (…) ».

C’est toujours vrai. Une des qualités des textes courts, mais également des romans, c’est qu’ils me permettent de me confronter à divers profils de narration, différents points de vue, des styles d’écriture variables… C’est certainement prétentieux, mais j’ai envie de TOUT écrire, de TOUT raconter, sans me dire : Luc, ce style ne te correspond pas.
Cette réflexion valait plus pour moi que pour les autres auteurs.


Y a-t-il, toutefois, un style d’écriture que tu préfères ? Ou, au contraire, des tics que tu détestes voir dans les textes d’autres auteurs ?

Justement, le manque de variété, que ce soit dans le style ou les thèmes abordés, et plus généralement les auteurs qui se contentent de regarder par la fenêtre de leur studio, et de décrire le monde avec un regard condescendant, ce que Russel Banks appelle la « fiction domestique ».
Je me sens vite mal à l’aise quand je lis un auteur qui se déballonne (je vais mâââl) à longueur de fulgures.

J’aime les auteurs qui racontent des histoires, qui les racontent comme ils en ont envie, librement, qui envisagent la langue comme un outil et non comme un but, qui osent aller au-delà d’eux-mêmes, mais ce n’est pas aussi réducteur que ça…
En fait j’aime être touché par ce que je lis, sentir qu’une voix honnête parle derrière les mots.

 

 

^ Odpâge ^